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L'Hôtel de Ville de Lons-le-Saunier et ses pièces d'apparat
L’Hôtel de Ville est une pièce maîtresse du patrimoine de la ville préfecture. Son histoire est complexe, mais digne d’intérêt. Elle permet, en effet, d’envisager les multiples aspects de l’histoire de la ville.

Les anciens hôtels de ville

Le bâtiment que nous connaissons aujourd’hui a été construit de 1735 à 1743, parallèlement à la construction de l’Hôtel-Dieu, son voisin. La ressemblance architecturale entre les deux édifices est normale : Jean-Pierre GALEZOT, architecte bisontin, travailla sur les deux bâtiments.

Auparavant, le Conseil de la Ville, depuis que Philippe II d’Espagne avait élevé Lons au rang de ville à mairie, en 1587, s’était réuni en différents endroits :

  • avant l’incendie lié à la Conquête Française de 1637, c’était près de la porte Saint-Michel, qui perçait les fortifications, au Nord ;
  • après la Conquête Française, il se déplaça en divers endroits, du fait de l’état de reconstruction partiel de la ville : un moment au couvent des Cordeliers, un moment au château (pourtant ruiné), et même chez le “mayeur” ;
  • à partir de 1680, on éleva un hôtel de ville à l’emplacement des anciennes halles, puis on y adjoignit un présidial. Le bâtiment occupait l’angle entre la rue de la Croix et la rue Othenin (actuelle rue Sébile). Il accueillait un conseil constitué de 12 officiers qui se réunissaient 1 à 2 fois par semaine.
  • à partir de 1733, la ville obtint du Conseil du Roi l’autorisation de construire un nouvel hôtel de ville sur les ruines de l’ancien château des Chalon-Arlay, ruiné pendant la guerre de conquête, à l’angle Nord-Ouest des remparts. Le site était intéressant, bien placé et surtout éminemment historique et symbolique. Les travaux, commencés en 1735, furent terminés en 1743. Le conseil se réunit pour la première fois dans ses nouveaux locaux le 16 décembre 1743.

Les plans, dressés par M. de l’Egoutaille furent modifiés par Jean-Pierre GALEZOT, l’architecte de l’Hôtel-Dieu. Ils prévoyaient un bâtiment au plan et aux fonctions différents de celui que nous connaissons. En 1743, il ne comptait que trois ailes. L’aile Nord, qui abrite le Musée des Beaux-Arts, n’existait pas. Les ailes Est et Ouest étaient plus courtes. Le bâtiment qui servait avant tout d’hôtel de ville accueillait également le tribunal, dans sa partie Est et les prisons au rez-de-chaussée. Puis on y installa la halle aux grains, les pompes à incendie et le local des pompiers en 1753.

Après la construction de l’actuel palais de justice, en 1825, le Tribunal déménagea. La ville racheta la partie qu’il occupait en 1842. Seul le Tribunal de Commerce conserva des locaux sur place, mais à l’Ouest, dans une salle lambrissée de boiseries de chêne.

 

Les pièces d’apparat

Le grand escalier

Présent, évidemment, dans la construction initiale, il fut remanié. En 1850, on réfléchit à la manière de le décorer. On voulait remplacer la rampe (en même temps que celle qui conduisait à la Bibliothèque et au Tribunal). On opta alors pour un rampant en fer plein, pour assurer solidité et pérennité à l’ouvrage. En 1859, on restaura encore la cage d’escalier en adaptant les grilles de l’ancien lieu d’entraînement des Chevaliers de l’Arquebuse. Cette très belle pièce de ferronnerie, réalisée vers 1755, est classée Monument Historique. Sa partie inférieure est formée de deux motifs symétriques dérivés de la ligne courbe. La partie supérieure est composée de barreaux verticaux avec vers le bas des arcs surmontés de vrilles. Le couronnement accueille un écusson aux armes de Lons, encadré de courbes et de rinceaux. Ce même blason occupe le centre du plafond de la cage d’escalier. Les peintures ont été rafraîchies en 1988.

Sur le mur est exposée une plaque commémorant la remise de la Croix de Guerre à la Ville de Lons-le-Saunier le 5 novembre 1950 par le Président de la République, Vincent Auriol. Cette plaque a été inaugurée le 5 novembre 2004, année célébrant le soixantième anniversaire de la libération de la ville et du département.

On trouve, en outre, une œuvre célébrant l’anniversaire du jumelage entre Lons et Offenbourg.

La salle du Conseil Municipal

C’est la pièce maîtresse de l’Hôtel de Ville, là où les élus se réunissent périodiquement afin d’étudier les questions à l’ordre du jour du Conseil Municipal. Elle sert également de salle des mariages.

Son décor est sobre, même si c’est une pièce d’apparat : seules quelques pilastres ioniques et des tentures frappées aux initiales de Lons (deux L et un S entrelacés) ponctuent le décor. A partir du milieu du XIXème siècle, elle fut aussi restaurée : en 1853 on refaisait la cheminée de la salle du Conseil (elle n’existe plus). En 1855, on dépensa 1000 Francs “pour faire face aux réparations les plus urgentes dans la salle du conseil”. En 1866, on changea le parquet. Enfin, très récemment, au XXème siècle, le mobilier a été renouvelé et le sol recouvert.

Outre le portrait officiel du Président de la République, ses murs présentent quatre toiles contemporaines ainsi qu’une reproduction des armes de Lons, en émaux de Venise, réalisée par Angelo Nassivera en 1998.

Au fond et à droite de la salle du Conseil, un passage mène à la salle du tribunal de Commerce, aménagée en 1853. A cette époque on posa les très belles boiseries qui l'ornent encore, a moins qu'elles ne datent de la restauration de 1866. Cette pièce servit longtemps à des réunion publiques.

Au fond et à gauche de la salle du Conseil, un passage mène à la salle des Commissions, riche de par son mobilier et ses peintures.

Le bureau de Monsieur le Député-Maire

Cette pièce épouse le plan de 1743 mais a été modifiée. Il s’agissait à l’origine d’un salon de lecture et de travail. Il fut remanié lors des travaux d’agrandissement en 1848 (parquets). Le bureau du Maire était alors envisagé dans la pièce qui jouxte le bureau actuel, occupée à l’époque par le Commissaire de Police, aujourd’hui par le Directeur Général des Services. En 1896, on envisagea la réfection du "salon".On confia à M. AUBERLET, sculpteur, la restauration des staffs et des “cartons pierre”. M. BERNARD, tapissier, fournit, lui, les objets mobiliers contre 3000 Francs. Le bureau, avec au centre le blason de la ville, a été refait sur commande dans les années 60 par un ébéniste lédonien, M. THIBERT.

 

Les autres éléments du décor

les boiseries, repeintes en 1896, l’ont cependant été dans le goût XVIIIème siècle, décorées de simples guirlandes. La fresque au plafond est plus remarquable ;

la cheminée Louis XV est peut être en place depuis 1743. Il semble peu probable qu’elle ait été déplacée. Elle supporte une jolie pendule et deux chandeliers dont l’achat est relaté en 1856, “pour servir à la salle principale de l’Hôtel de Ville”. Leur transport dans cette pièce a du se faire vers 1896 ;

  • les tableaux (en partant de la gauche) :
    • Paysage, école flamande (oval - n°63)
    • 2 Scènes hippiques, par Edouard SWEBACH
    • Jeanne LEDOUX, Tête d’enfant (n°90)
    • E. WAGNER, Offenburg
    • Maurice BUCHIN, La vallée de Vaux sous Bornay
    • Jean-Baptiste MONNOYER (entourage de), Bouquet de fleurs
    • dessin de Josette CORAS (propriété du Maire)
    • David TENIERS (attribué à), Deux hommes attablés
  • les statues :
    • une femme pensante
    • 1 lion
    • une scène de combat

La lampe originale du bureau est un bien propre de M. le Député-Maire.

 

L’aile Nord et sa façade (place Perraud)

Il s’agit d’une construction plus récente puisque décidée avec l’extension de l’Hôtel de Ville en 1844. Elle devait fermer une cour ainsi créée et agrémenter la place d’Armes (actuelle place Perraud). De nombreux retards intervinrent dus, tantôt au sol qu’il fallait sans cesse consolider, tantôt aux finances, insuffisantes. Les deux architectes, LAMBERT puis PAILLOT, travaillèrent jusqu’en 1848. En 1852 on procéda à l’installation du Musée dans la nouvelle aile puisque telle devait être sa vocation. Parallèlement à l’inauguration des salles du musée (créé en 1818 par la Société d’Emulation du Jura), on avait décidé d’ouvrir une bibliothèque, indépendante de celle du collège qui officiait alors. Elle occupa l’aile Ouest nouvellement allongée et l’extrémité de l’aile Nord. En 1856, l’architecte PAILLOT proposa les plans des meubles de la bibliothèque qui furent adoptés. Les meubles, très spectaculaires, furent réalisés sans doute par M. MAZAROZ, ébéniste. La pièce n’est aujourd’hui plus occupée et ne peut être visitée.

Quant aux collections du musée, outre le fond original donné par la S.E.J., elles s’enrichirent très vite, à l’occasion de dons ou d’achats. Ainsi, en 1858, lors d’une vente, la Ville acheta deux toiles ; l’Enfance de Bacchus et deux Têtes d’anges. En 1860, on achetait la Vision d’Ezechiel, de Lobrichon. Le plus spectaculaire fut le don d’oeuvres primées fait par le sculpteur jurassien Perraud, en 1871. Si bien que, dès 1874, on décidait la création d’une salle de statues au rez-de-chaussée du musée. Décision heureuse puisqu’à sa mort, en 1876, Perraud légua toutes ses statues à Lons. La Ville lui rendit hommage en 1878 en élevant le buste devant l’entrée du Musée. En 2007, ce buste a été remis en valeur en étant déplacé à l'angle des façades ouest et nord (initialement en bronze, fondu pendant la seconde guerre mondiale, il est aujourd'hui en pierre).

Les collections du Musée des Beaux-Arts sont intéressantes. Au fond lapidaire, au sein duquel le leg Perraud domine, avec cependant d’autres très jolies pièces (le buste de jeune homme de Dejoux, la Baigneuse de Broche, ...) s’ajoute un fond de peintures remarquables (deux Brueghel le Jeune dont le célèbre Massacre des Innocents, quatre Courbet dont la mort du cerf ou le Château de Chillon). Une visite s’impose.

 

L’aile Sud et sa façade (place de l’Hôtel de Ville)

C’est la façade la plus intéressante de l’édifice, notamment pour son décor. C’est aussi la façade primitive, légèrement transformée en 1855 sous la direction de l’architecte VOYER. Cette première restauration ne modifia que peu la composition d’origine : la façade est plane, ponctuée de deux décrochements très nets à gauche et à droite, l’un correspondant à la salle des Commissions, l’autre au bureau du Député-Maire. Par contre, une reprise, en 1866, sous la direction de l’architecte PAILLOT, modifia l’avant-corps et le porche. On le surmonta d’un arc en segment qui abrite une inscription latine : Ubi quondam principium palatium - Nunc templum Ludovico XV regnante - Justitiae dedicatum ann MDDCCLII - DD Bartholomeo de Vannolles - Apud Sequ anos regis proefecto (qui se traduit par : “à cette place où était jadis un palais de princes, s’élève aujourd’hui un temple dédié à la justice, l’an 1742, Louis XV régnant, Barthélémy de Vanolles étant Intendant Royal chez les Séquanes”). Mais c’est aussi à cette époque que l’on décora la fenêtre en plein cintre d’une tête enguirlandée. Enfin, le fronton à arc surbaissé (original, car les frontons Lédoniens sont plus souvent triangulaires) reçoit le blason et les armes de Lons (“d’argent plein au chef parti au premier de gueules à la bande d’or et au deuxième d’argent au cornet d’azur lié de même”). La partie gauche du blason : il s’agit des armes de la famille de Châlon-Arlay ; la partie droite, les armes de la Principauté d’Orange. L’arrondi d’argent (qui évoque la pureté du sel jurassien) a été attribué à la ville vers 1570.

 

L’aile Ouest et sa façade (face à l’Hôtel-Dieu)

Elle fut agrandie à partir de 1844 et l’on connut alors les mêmes difficultés que pour l’aile Nord : il fallut consolider dès 1846 le sol et, en 1847, la décision fut prise de reconstruire entièrement l’aile, tant les fondations étaient fragiles. Ce qui fut fait, rapidement, car le temps pressait. Les halles, dont on avait décidé qu’elles s’appuieraient sur cette façade, bien que fort disgracieuses, faisaient cruellement défaut. On éleva donc une structure métallique d’un seul niveau, de forme semi-circulaire, surmontée d’une verrière. Les discussions au sein du Conseil Municipal quant à l’idée même d’adosser les halles ici avaient déjà été très virulentes. Près de nous, l’historien Brelot qualifia le tout de «verrue» ! Les halles furent démolies dans les années 50. Leur emplacement subsiste et accueille désormais la Fontaine aux lions. Les huit lions en fonte qui l'ornent, ont été fabriqués au XIXème Siècle, aux Forges de Baudin dans le Jura.

Un système d'éclairage, par le sol pour ce qui est des façades ouest et nord, et par fibre optique en ce qui concerne la fontaine aux Lions ont été inaugurés en 2007. Nous vous invitons à revenir aux abords de la mairie en soirée afin de profiter de cette nouvelle mise en lumière de l'Hôtel de Ville et de ses abords.

 

L’aile Est et sa façade (Place Philibert de Chalon)

Elle passe plus inaperçue. Elle fut, comme sa symétrique à l’Ouest, agrandie à partir de 1844. Sur un angle, une plaque commémorative rappelle la naissance dans le château (dont l’Hôtel de Ville occupe l’emplacement) de Philibert de Chalon-Arlay, le 18 mars 1502. Dernier grand seigneur de Lons, dernier de sa lignée, mort sans descendance pendant les guerres d’Italie, en 1530, ce fut un grand personnage de l’Europe du XVIème siècle.

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